mercredi 18 septembre 2013

Les treuils de vigne

A l’époque des treuils de vigne dans le vignoble vaudois

Vignes et mauvaises herbes
Plantée sur nos coteaux, la vigne supporte mal la concurrence des autres plantes, appelées le plus souvent « mauvaises herbes ».
Chardons, liserons, mercuriale,  amarantes et bien d’autres font concurrence à la vigne et empêchent un bon développement des grappes.

Citons un vieux livre de Sciences naturelles de 1910 :
Le vignoble est un monde à part, et le vigneron souvent ne connait que lui et ne s’intéresse qu’à lui seul. Au printemps, alors que la riche couverture des feuilles n’a pas encore caché la terre brune, il forme de grandes taches sombres au-dessus des prairies déjà vertes et parait à distance, dénudé et monotone ; mais l’enfant du vignoble n’est pas de cet avis. De bonne heure, armé de sa houe, il ameublit le sol entre les ceps noirs et tordus et en arrache les intruses, les mauvaises herbes toujours prêtes à prendre leur part de ce sol riche qui n’a pas été préparé pour elles, mais dont il est difficile de les expulser complètement  Par la persistance qu’elles montent à envahir nos cultures, n’ont-elles pas quelque chose à nous apprendre ?
Un peu plus tôt, en 1820, dans le contrat signé avec ses vignerons d’Arnex, Charles Antoine de Lerber note à l’article 1 :Les dits frères, fils de Pierre-Louis Lavenex d’Arnex s’engagent à cultiver les dites vignes en bons et expert vignerons, à les fossoyer deux fois l’année, à les provigner convenablement, à les tailler sans surcharger, à faire de bonnes portées de terre, à les tenir propres d’herbe et sans légumes et à leur donner en général tous les soins qu’elles exigent pour leur plus grande prospérité et bon maintien selon chaque saison.

De l’an mille au milieu du XXème siècle, les principaux outils furent le fossoir au printemps, puis en été,  le « rablet » comme on dit chez nous pour maintenir la propreté de nos parchets.


 Deux vignerons au fossoir pour illustrer la couverture du livre de Jacqus Dubois

Mais vers les années dix-neuf cents trente d’astucieux mécaniciens imaginent des treuils plus ou moins lourds, capable de tirer différents types de charrues ou houe. 
En automne, une charrue va ouvrir un large sillon au milieu de la ligne et pousser la terre contre les ceps: le buttage et au printemps ue autre charrue va refermer celui-ci, le débuttage.
Ce travail avait pour but de protéger le pied des souches en hiver, mais aussi de lutter contre les mauvaises herbes.
En été, des houes de sarclage, de largeur réglable ou la »Glardon » avec son couteau fixe éliminaient l’herbe du milieu de la ligne.
Plus tard, certains moteurs de treuil actionnaient un compresseur pour sulfater les vignes avec un tuyau.



Les treuils de vigne en terre vaudoise

En parcourant d’anciens journaux agricoles,  j’ai retrouvé les marques suivantes:
Les treuils Gloppe de Lyon
Le cabestan Léderrey de Grandvaux
Les treuils Ruedin de Cressier, Neuchâtel
Les treuils Plumettaz
Les treuils vendus par la maison Allamand
Les treuils Martin de Perroy


Les treuils Gloppe de Lyon

Le musée de machines agricoles de Chiblins en possède un exemplaire :



Moto-treuil Gloppe de Lyon


Le cabestan de Léderrey



Les treuils Ruedin de Cressier (Ne)







Treuil Ruedin avec moteur Zurcher du Musée de Chiblins



Les treuils Plumettaz



Treuil Plumettaz au Musée de Chiblins

Historique de l’entreprise Plumettaz, repris de son site internet:

PLUMETTAZ : DE LA VITICULTURE AUX TELECOMMUNICATIONS
En 1923, Emile PLUMETTAZ, poussé par un besoin d'indépendance, crée à Vevey (Suisse) un atelier mécanique comptant 3 ouvriers. Sa clientèle: la maison Nestlé pour laquelle il avait travaillé plusieurs années comme contremaître-mécanicien à la condenserie de Payerne (Suisse).
Les premières activités de la jeune entreprise sont l'étude et la fabrication de prototypes d'appareils pour l'industrie alimentaire tels qu’emballeuses pour fromages et fondants ou machines à dénoyauter les cerises. Aux rapports limités de la fabrication de prototypes s'ajoute le produit de travaux de sous-traitance en mécanique générale.
En 1929, 15 personnes sont occupées. La crise de 1930 sonnera le glas de la fabrication de machines pour l'industrie alimentaire. De nouvelles activités sont nécessaires pour assurer la survie de l'entreprise. La mécanisation de la viticulture en coteaux apportera la solution au problème. Les premiers moto-treuils pour la culture du sol font leur apparition sur le marché. Emile PLUMETTAZ développe toute une série d'instruments de culture convenant à la traction par câble. Ces derniers sont fabriqués et commercialisés par son entreprise. Jusqu'à la fin de 1945, les ventes se limitent au marché suisse. En 1943, Emile PLUMETTAZ associe son fils Fernand pour former PLUMETTAZ & Cie. Le programme d'activités est alors élargi par l'adjonction de nouveaux produits tels que:
  • étude et fabrication d'un moto-treuil de vigne léger pour le compte de la maison RUEDIN à Cressier (Neuchâtel).
  • étude et fabrication d'un moto-treuil-cabestan initialement conçu par un vigneron de Grandvaux, M. E. LEDERREY, pour le compte de ce dernier.
  • fabrication de circulateurs pour chauffages centraux et pour transformateurs.
C'est à cette époque que fut adoptée la marque "PLUMETT" qui, depuis lors, est utilisée pour la commercialisation de tous les produits sortant de l'usine aujourd'hui sise à Bex.
Le développement et la fabrication de treuils pour la viticulture constituera la base du "know how" et de la renommée de l'entreprise actuelle. En effet, les exigences de légèreté, associées à la robustesse, ont contraint le constructeur à la recherche de solutions originales, tant pour le choix des matériaux que pour la conception de transmissions mécaniques. Tous les éléments de construction disponibles dans le commerce ne s'adaptant pas parfaitement aux besoins sont éliminés. Ceci oblige l'entreprise à fabriquer elle-même la quasi-totalité des pièces constituant le moto-treuil (moteur exclu).
Dès 1946, par la création de sa propre organisation de vente et d'exportation, l'entreprise PLUMETTAZ & Cie connaît un fort développement. En effet, l'ouverture des frontières permet de trouver en France un débouché important auprès des viticulteurs qui découvrent la motoculture des vignes en coteaux.
En 1947 et 1950, les locaux loués à Vevey deviennent trop exigus. Les ateliers sont déplacés à Bex dans le bâtiment de la nouvelle société "PLUMETTAZ SA", comptant 40 employés à son actif. Pour répondre à la demande croissante de la clientèle viticole française, on développe un treuil qui deviendra par la suite un tracteur-cabestan de montagne.
Dès 1960, les exportations vers la France ralentissent en raison de la disparité des monnaies. En outre, une saturation du marché viticole suisse se fait sentir. On constate également un changement des façons culturales défavorables à l'avenir du treuil de vigne.
Le treuil-cabestan subit alors de nombreuses améliorations. On développe pour la sylviculture un treuil-cabestan de 2 tonnes, sur la base des expériences acquises avec le tracteur-treuil bien connu par les vignerons et les forestiers suisses. Une version automotrice et une version d'adaptation pour véhicules utilitaires du genre Jeep ou Land Rover sont offertes sur le marché.
Les caractéristiques particulières du treuil-cabestan, à savoir force et vitesse de traction indépendantes de la longueur de câble emmagasiné et, une fois de plus, rapport poids-performance favorable, ont attiré l'attention d'une clientèle toute nouvelle pour la société: services publics, entreprises de génie civil, services de télécommunications, spécialistes du génie militaire et constructeurs de véhicules utilitaires tout terrain. Ce treuil-cabestan est utilisé pour les applications suivantes: pose de câbles souterrains (énergie et téléphone), dépannage de véhicules blindés, auto halage, manutention de wagons, entretien des forêts, entretien et damage de pistes de ski, etc.



Tracteur Plumettaz avec son treuil au musée de Chiblins


Le treuil juste devant le siège


Plaque sur le tracteur


Vers 1960, les séries Plumett AT 70, puis AT 80 eurent un certain succès.



Plumett AT 70 avec treuil et barre de coupe



La maison Allamand de Ballens





Mais je ne connais pas la marque de ce mototreuil vendu par la maison Allamand.
Comme la maison Plumettaz, Allamand S.A fabriquera  aussi différentes charrues vigneronnes.



Les treuils Martin de Perroy

Henri Martin de Perroy, décédé en mai 1972 à l’âge de 77 ans fut un des leaders du marché du treuil viticole de 1930 à 1960.
Il va mettre de nombreux modèles sur le marché, citons :
Le Cumul
Le Super-Eclair
Le Benjamin, type L, BLZ, BLZE

Il va également imaginer le Tracasset, ce petit véhicule à moteur adapté aux petits transports.
Malheureusement, je n’ai pas pu trouver toutes les sources qui m’auraient permis de présenter l’illustration exacte de ces différents modèles.
Alors en voici une série, un peu en vrac…






1935 au Musée de Chiblins


1940, au Musée de Chiblins


Ancien treuil de Gérald Baudat avec un moteur Bernard chez son beau-fils




Mototreuil portatif : Modèle « BLZ »


Le tracasset d’Henri Martin.

Véhicule utilitaire à l’origine il est devenu véhicule de courses pour la célèbre course des tracassets de Lavaux.

Un compresseur s’adaptant aux treuils Martin pour sulfater vignes et vergers


Henri Martin, presque toujours présent au Comptoir suisse avec ses treuils !



Une publicité des années cinquante parue dans la Feuille d’Avis de Lausanne :
LES MOTO-TREUILS MARTIN
Monsieur H. Martin, constructeur, à Perroy, présente à son stand 733, Halle 7, une gamme complète de moto-treuils. L'attention des propriétaires de domaines accidentés, dont les vignes sont inaccessibles aux modèles connus, est spécialement retenue par un petit modèle breveté de moto-treuil portable à dos d'homme, qui rendra d'inappréciables services.
En outre, ce petit modèle se transforme, en un tour de main, en un petit châssis motorisé, par une combinaison ingénieuse. Tous les modèles possèdent un enrouleur de câble automatique, une révélation dans le domaine de l'enroulage du câble de moto-treuil.
Un gros modèle genre petit tracteur avec éclairage et démarrage électrique, moteurs Diesel et benzine de 8 à 15 CV. Ses modèles connus, dont la renommée n'est plus à faire, font honneur à la Maison Martin, spécialisée dans cette fabrication depuis 20 ans. D'autre part, nous remarquons que la Maison a sorti une nouveauté qui consiste en une machine à marquer les routes, présentant le plus grand intérêt pour les entreprises de travaux publics.


Une riche carrière, mais certains regrettent…
En 1947 parait dans la Terre vaudoise, un article consacré aux machines viticoles, signé By, je reprends le passage consacré aux treuils d’Henri Martin et  je cite :
Par contre, le mototreuil automobile Martin se répand très largement : son poids en fait un petit tracteur pour le déplacement des instruments, pour le transport de la vendange, du fumier.
Henri Martin, de Perroy, n’a pas eu, comme les constructeurs de charrue, de concurrents sérieux. Faut-il dire qu’on peut le regretter ?
Et que si la concurrence avait joué, le treuil Martin aurait un différentiel pour faciliter les virages lors de l’emploi en tracteur, il aurait une prise de force normalisée, il aurait un frein agissant sur les deux roues ? Il trouverait alors un intéressant débouché dans nos montagnes où les chemins muletiers sont trop étroits pour permettre l’emploi d’un autre tracteur que le mototreuil Martin dont le câble rendrait de précieux services.

Treuils montés sur un tracteur

Les chemins construits lors des remaniements parcellaires ayant facilité l'accès aux parcelles de vigne, certains viticulteurs se sont équipés d'un treuil monté sur un tracteur.




Treuil de Raymond Morel actionné par la prise de force du tracteur


Avertissement au lecteur attentif :
N’étant pas spécialiste en matière de machinisme viticole, j’ai sans doute omis, dans cet article, de citer d’autres constructeurs de treuils et une erreur s’est peut-être glissée dans mes propos.

Merci de me le signaler par un commentaire.