lundi 25 février 2013

Les Gorges de l'Orbe et ses usines électriques


Les gorges de l’Orbe
Du Day à Orbe, les gorges de l’Orbe forment un lieu étonnant, riche en sources, mais aussi propice à l’utilisation de la force hydraulique, à la pêche et aux promenades.
Mais un lieu qui, nous le verrons, n’est pas sans danger.
Chutes, noyades, crime s’y sont produits au cours des ans.

On est frappé par le nombre de chutes, de noyades, de suicide, ou même de crimes dont ces lieux ont été le témoin au cours des cent dernières années et relatés par les journaux de l'époque.
Les évènements cités sont tirés des archives du Journal d'Orbe et de celles de la Gazette de Lausanne, mises à notre disposition récemment.

Nous parlerons aussi de William Gerbex, alias "Vipérus" et des ses charmantes protégées qui affectionnent toujours les rochers de cet endroit.




Les usines hydroélectriques au fil de l’eau.
Dans ce chapitre Gorges de l’Orbe, vous pourrez retrouver les usines électriques édifiées au fil de l’Orbe, au fil des ans.

Usine de Ladernier et les eaux des lacs de la Vallée

Gazette de Lausanne du 14 mai 1901
En mai 1901, le Grand Conseil se penche sur un projet ambitieux visant à régulariser le niveau des lacs de la Vallée et utiliser une partie de l’eau par une usine hydroélectrique.
Avec création de la Compagnie vaudoise des forces motrices des lacs de Joux et de l’Orbe.


L’usine sera mise en service en 1903.





Ancienne turbine de la Dernier

Et son descriptif



La Société électrique du Châtelard à Vallorbe


Le 2 février 1896 est constituée la Société électrique du Châtelard.

Au départ, elle a pu profiter d’une concession accordée par l’Etat de Vaud à M. Edouard Grobéty, associé de la société Glardon et Cie, cette société qui exploitait déjà l’usine à chaux des Grands-Crêts.

Après avoir réuni les capitaux nécessaires et signé une convention avec les communes de Vallorbe et de Vaulion et la Société Glardon et Cie, les travaux démarrent en 1896.

Au lieu-dit « Les Rosiers » est construit un barrage de 4.50 m de haut et 32 m de large, une galerie de 300 m sur la rive droite de l’Orbe et une usine électrique.





Vue sur la barrage du Châtelard depuis le viaduc du Day







Ancienne carte postale du Barrage du Châtelard construit en 1896 au Pontet






Situation du barrage et de l’usine








Usine du Châtelard de 1896, aujourd’hui noyée sous le lac du Miroir

En 1899 la commune de Ballaigues demande un raccordement pour fournir le courant au pompage de l’eau potable de la source de l’Ile.


Le barrage sur la Jougnenaz

Les besoins en électricité augmentent fortement entre les deux guerres et malgré l’apport d’un moteur Diesel les besoins ne sont plus couverts.
Un nouveau projet est mis à l’étude vers 1930 : la construction d’un barrage sur la Jougnenaz.
Ce petit barrage de 18 mètres de haut et 26 m de large au sommet retient 12'000 m3.



L’eau arrive à l’usine existante par une conduite forcée de 380 m. et actionne deux turbines de 400 CV.


Ainsi le 5 octobre 1937, six mois après la mise en chantier le nouveau groupe est mis en marche.














Turbines de l’ancienne usine de la Jougnenaz



Renseignements tirés de la brochure commémorative du Cinquantenaire de la Société électrique du Châtelard et du Bulletin technique de la Suisse romande du 9 et 23 avril 1938 sur l’aménagement de la chute de la Jougnenaz par L. du Bois.

Le nouveau barrage du Day va tout noyer !
Ce nouveau barrage captant l’eau pour la nouvelle usine des Clées en 1955, va noyer l’usine du Châtelard et son barrage.


Selon Fal du 5.1.1955
Une usine s'éteint
Le 31 décembre 1954, à minuit, l'usine hydroélectrique du Châtelard a fermé ses portes.
Le ronronnement des machines ininterrompu depuis 58 ans, s'est tu à jamais. Construite grâce au courage et à la persévérance de particuliers qui ne se laissèrent point rebuter par le risque encouru, l'usine était entrée en service en février 1897, et avait fourni dès lors le courant nécessaire aux trois communes de Vallorbe, Ballaigues et Vaulion, favorisant par là le développement  industriel de celles-ci. L'usine blottie à l'entrée des gorges de l'Orbe, au pied du viaduc du Day a été transformée et modernisée au fur et à mesures des rapides améliorations  apportées par la science à l’industrie  hydraulique ; elle était à même de répondre à la demande continuellement accrue du courant.
En 1937 lui avait été adjointe la chute artificielle de la Jougnenaz qui permit une importante augmentation de la production, laquelle atteignit en 1950 son maximum, avec 6 318 100 kilowattheures.
Par suite de la construction du barrage du Day, le Châtelard, situé en amont, sera noyé, et c'est la CVE (Compagnie vaudoise de l'Electricité) qui alimentera désormais le réseau.
Le démontage des machines est en cours ; la plupart d'entre elles sont destinées au vieux, fer. Seul un groupe sera utilisé à la petite usine de la Jougnenaz, en construction au pied de la chute du même nom, et qui entrera en service dans l'été 1955. Pour le moment, elle fonctionnera comme poste de couplage.
 Le bâtiment du Châtelard, dont les surveillants seront transférés à la nouvelle usine des Clées, sera livré à la pioche des démolisseurs dès le 15 février. Ce n'est pas sans regret et quelque amertume que Vallorbe voit disparaître la vieille usine, si active malgré son grand âge, et dont les promeneurs aimaient à entendre le sourd grondement au moment de s'engager dans le solitaire sentier qui descendait les gorges de l'Orbe, sentier qui a disparu hélas, dès le début des travaux de construction du nouveau barrage.
Centralisation, rationalisation égalent progrès ?
Peut-être !



 Elle aura turbiné l'eau de l'Orbe durant 58 ans, mais le 31.12.1954, l'usine électrique du Châtelard a fermé ses portes !



Et pour continuer à utiliser les eaux de la Jougnenaz, il faudra également surélever l’usine qui se trouve maintenant sur les rives du lac du Miroir.





Usine électrique de la Jougnenaz de 1955

Ce qui provoquera une diminution de production, la hauteur de chute passant de 56 m à 32 m. Mais en 1970 un nouveau barrage est édifié sur cette rivière permettant de retenir 50'000 m3.
Mais ce nouveau barrage va entraîner la destruction du moulin du Pontet près du Creux.




Les usines du saut du Day


Usine vers le saut du Day


Article de la Gazette de Lausanne du 20.12.1910


« Quelques lignes de Ballaigues


La partie de la vallée de l’Orbe située entre Les Clées et Vallorbe est bien l’une des contrées du Jura les plus intéressantes à visiter.


L’Orbe qui fournit la force motrice à un certain nombre d’importantes usines électriques et métallurgiques y coule sur la plus grande partie de son parcours dans des gorges profondes entre des parois de rochers parfois à pic qui donnent à la contrée un caractère extrêmement pittoresque et un aspect d’une saisissante beauté. Un bon sentier y a été construit à l’attention des touristes qui, entre autres curiosités naturelles, y peuvent admirer près de Vallorbe, la Grotte aux Fées, la Source de l’Orbe er surtout les belles cascades du Day, qui jusqu’ici faisait l’admiration des admirateurs de belle et grande nature, comme aussi de tous les voyageurs passant sur la ligne Vallorbe-Lausanne.


Malheureusement, cette cascade qui formait l’un des plus beaux sites de notre canton, vient d’être complètement abîmée par d’importants travaux techniques exécutés par la Société d’Electrochimie du Day.


La contrée ne conçoit pas qu’une société presqu’étrangère au pays, si importante soit-elle, ait pu obtenir l’autorisation de faire de pareils travaux, en plein lit de l’Orbe, pour détourner plus ou moins le cours, sans qu’aucune enquête préalable ait été faite ainsi que l’exige la loi pour tous les cas de ce genre, même pour de simples travaux dans un ruisseau, même pour la construction d’un simple poulailler, et sans s’inquiéter en aucune façon des intérêts et des réclamations des communes riveraines de Vallorbe et Ballaigues. Les communes n’ont-elles plus rien à dire ? Ne seront-elles bonnes que pour payer les prestations parfois bien lourdes et toujours plus nombreuses que l’Etat leur impose ?


Quels que soient les motifs allégués, il n’en n’est pas moins vrai que ce fait, sans précédent croyons-nous, a soulevé des protestations unanimes et tout à fait justifiées.


N’y aurait-il pas là une belle occasion d’intervenir pour la Société pour la Protection des Sites dans notre pays ? Elle trouverait un appui certain auprès des autorités communales et des populations riveraines, qui demandent que l’état des lieux soit rétabli autant que possible tel qu’il était auparavant et cela afin que notre belle cascade du Day n’ait pas perdu pour toujours sa majestueuse beauté.


Nous espérons que notre protestation sera entendue et que la légitime émotion que nous éprouvons sera partagée par tous ceux à qui est cher le « visage aimé de la Patrie ».






Tumultueux Saut du Day





Mais quel était ce nouveau projet en 1910 ?



La centrale de la rive droite date de 1889, en 1926 une nouvelle centrale sera édifiée en face sur la rive gauche.

Ces centrales seront détruites en 1955 lors de la construction du nouveau barrage du Day.

Quelques ruines sont encore visibles sur la rive gauche et le tunnel qui passe sous le saut du Day est praticable à pied.





A droite, centrale du saut du Day de 1926, détruite en 1955



Et en 2012, voilà ce qui reste de cette centrale !


Les anciennes briques deviennent des sièges


Et la vieille poulie ne tourne plus !



Rappelons qu'au départ ces centrales hydrauliques du saut du Day furent construites pour alimenter l'usine électrochimique du Day.


Usines du Day

1889 constitution de la société d’électrochimie des chlorates

En 1972, cette usine a cessé toute production pour devenir terrain d'exercice pour l'armée.
Pour plus de détails sur l'histoire de cette usine voir : Usine électrochimique du Day dans le libellé de ce blog Usines de la région




Le barrage du Day de 1954


Nous pouvons lire dans la Gazette de Lausanne du 18 septembre 1945, les lignes suivantes :

« Un projet mal accueilli.

Le projet de construction d’un lac sous le viaduc du Day, provoque une vive inquiétude et une forte réaction de la part des usiniers, des communes intéressées, des sociétés de développement, des amis de la nature et des pêcheurs.

En effet la construction de ce lac mettrait à sec jusqu’aux Clées les splendides gorges de l’Orbe plusieurs mois par année. »

Vers 1950 ce projet de barrage du Day va susciter une vive opposition de la part des communes intéressées par le barrage du Châtelard et de la part des sociétés de pêcheurs





Selon Fal du 7 octobre 1950
Au Conseil communal de Vallorbe
Dans sa dernière séance, le Conseil communal, présidé par M. K. Simonet, a d'abord entendu la lecture de trois préavis municipaux, pour l'examen desquels le bureau a nommé une commission de cinq membres. Il a pris connaissance de la démission d'un conseiller, M. Eugène Mayor, qui sera remplacé par le premier des « cardinaux ». Enfin, et c’était là le gros morceau de la séance, il a entendu les explications de M. le syndic E. Favre, et de plusieurs conseillers sur la question électrique qui intéresse au premier chef la population non seulement de Vallorbe, mais du cercle entier. En effet, le projet de décret du Conseil d'Etat sur cette question a vivement impressionné le Conseil, et cela à divers égards. Aussi est-ce à l'unanimité qu'il a voté l'ordre du jour ci-dessous :
Un ordre du jour
 Le Conseil communal de Vallorbe réuni en séance ce 4 octobre 1950 après avoir pris connaissance du projet de décret présenté par le Conseil d'Etat sur le renouvellement et l'extension des concessions de la Compagnie vaudoise des Forces motrices des lacs de Joux et de l'Orbe et sur la modification de sa raison sociale en « Compagnie vaudoise de l'énergie électrique » (C.V.E.E.). constate : que, malgré les interventions répétées des autorités des trois communes du cercle de Vallorbe auprès du Conseil d'Etat, il n'a été tenu aucun compte des intérêts économiques primordiaux de la contrée, que l'annulation des concessions de force motrice existantes est proposée sans qu'au- qu'une compensation ne soit prévue en vue de maintenir l'activité des exploitations intéressées, Qu’il ressort ainsi du projet du Conseil d'Etat une inégalité de traitement flagrante par rapport aux autres régions ou entreprises électriques du canton. Qu'il en résultera pour la contrée une situation économique des plus critiques. Que d'autre part, l'utilisation de l'Orbe en un seul palier dès le Châtelard jusqu'aux Clées par l'exécution d'un barrage au-dessus de la chute du Day détruira le pittoresque des gorges et nuira considérablement à la salubrité et à l'exercice de la pêche. Que la concession de la Jougennaz est récente (1937) et que les installations ne sont pas encore amorties ; qu'elle appartient effectivement à un service public dont la majorité du capital est entre les mains des 3 communes du Cercle ; qu'elle a un caractère nettement local et ne peut être d'aucune utilité pour la superusine prévue aux Clées. Adresse un pressant appel au Grand Conseil et en particulier à la commission chargée de l'étude du projet de décret et lui demande de reconsidérer le problème en tenant compte des intérêts légitimes de toute une contrée.
(Réd. — La commission du Grand Conseil a déjà modifié sérieusement le projet original, sur lequel le Législatif se prononcera au cours de la prochaine session.)

Selon Fal du 19.10.1950
Une protestation des pêcheurs
Le comité central élargi de la Société vaudoise des pêcheurs en rivières s'est réuni en séance extraordinaire, samedi 14 octobre, à Lausanne, pour prendre connaissance du projet de décret sur le renouvellement et l'extension des concessions des Forces motrices de Joux et de l'Orbe. Il a voté la résolution suivante :
 « Etant donné que la réalisation de ce projet entraînera l'assèchement complet (ou peu s'en faut) de toutes les gorges de l'Orbe, rivière qui peut être considérée à juste titre comme la plus belle et la plus poissonneuse du canton ; que les beautés naturelles et pittoresques de la région, qui appartiennent à la collectivité, doivent être sauvegardées ; que le lit actuel de l'Orbe en cet endroit sera transformé en dépotoir par l'apport des déchets usiniers et égouts des industries et des communes riveraines, qui ne seront plus en mesure d'être digérés par un débit réduit au minimum inexistant, « la Société vaudoise des Pêcheurs en rivières manifeste son opposition, au nom des trois mille pêcheurs du canton ; elle apportera son appui à tous les groupements, associations et personnalités diverses qui ont déjà pris position dans le même sens ».



Dix ans plus tard, le 21 juin 1955, le même journal écrit :



« Un nouveau lac dans le Jura.

Les travaux du barrage du Day touchent à leur fin.

Pour compléter l’exploitation industrielle de l’Orbe, la C.V.E. a édifié au Day un barrage destiné à alimenter la conduite forcée de la super-usine des Clées.

Commencés il y a plus de deux ans, les travaux touchent à leur fin et le nouveau dispositif vient d’être mis en charge.

La nappe d’eau ainsi créée s’étend sur plus d’un kilomètre et baigne les piles du viaduc du Day.
On accède au mur de retenue par une route qui longe le lac et enjambe la Jougnenaz. Dimanche, les promeneurs sont accourus en foule pour contempler la gorge ainsi transformée.
Si d’aucuns regrettent le grondement de la rivière tumultueuse, ils devront bien reconnaître que le lac ne dépare pas le paysage.
L’ancienne usine électrique du Châtelard (de 1897) a été démolie récemment. Ses restes sont maintenant noyés. Le chemin qui la desservait s’enfonce insensiblement dans le lacet, vu du Viaduc à travers l’eau transparente, il semble conduire à quelques Ys jurassienne…
Malheureusement en aval du barrage, la nature a perdu ses droits.
Pour conduire l’eau jusqu’à la conduite forcée de la nouvelle usine, on a creusé une galerie d’amenée de près de quatre kilomètres.
Les matériaux d’excavation ont été en partie déposés devant le mur de retenue et ils emplissent la gorge sur une bonne centaine de mètres transformant ce tronçon en une vallée morte.
Privée d’une bonne partie du débit de la rivière, la magnifique chute du Day ne retrouvera son éclat qu’en temps de crue.
Souhaitons que les constructeurs effacent, dans la mesure du possible, les stigmates de leur passage dans les gorges de l’Orbe ».

Le barrage mesure 32 mètres de haut et une longueur de couronnement de 102 mètres.
Le volume d’eau retenue est estimé à 0,515 mios de m3.

Le lac ainsi crée garde le nom de lac du Miroir, car le viaduc du Day et la Dent de Vaulion s’y reflètent fort bien, mais aussi parce que le premier lac créé par le barrage de l’usine du Chatelard avait pris ce nom en 1897 déjà.
La création du barrage a aussi rendu nécessaire le déplacement de l’usine alimentée par les eaux de la Jougnenaz dont le barrage date de 1937.


Lac du Miroir sous le viaduc du Day



Coupe du barrage

Profil en long du barrage à l'usine






Le funiculaire de l'usine


                                                        Caractéristiques du barrage



Depuis le bas

Vidange de 1992 et débit minimum
En été 1992, il faut procéder à d’importants travaux d’entretien, ce qui nécessite la vidange du barrage, et effectivement, à fin juin le barrage est vide.
Mais le nettoyage du fond du lac a posé un gros problème, la quantité de limon déposée derrière le barrage ayant été complètement sous estimée.
Une grande partie de sédiments échappés de la retenue va s’accumuler dans le cours de la rivière et sur de nombreux kilomètres, déchaînant la colère des pêcheurs et des défenseurs de la nature.
Il fallut réaliser une expertise des dommages.
Un autre problème reste constant, celui du débit minimum de la rivière après le barrage.
Si pour les Compagnie d’électricité les litres d’eau maintenus dans la rivière pour la survie des truites ne sont que de kilowatts perdus, pêcheurs et promeneurs ont bien évidemment, un tout autre avis !


Travaux de 2014
En été 2014, quelques ouvriers s'affairent au pied du barrage.
Mais j'ignore le but de ces travaux.
Affaire à suivre donc




L'ancienne usine électrique des Clées
Entre le Day et le barrage de Montcherand existait de 1896 à 1955 l'usine électrique des Clées.
Elle fait l'objet d'un article dans ce blog :   Ancienne usine électrique de Clées

L’usine de Montcherand
En 1904, la Compagnie des forces motrices du lac de Joux et de l'Orbe établit un peu plus bas, une nouvelle usine à Montcherand, juste au-dessus du barrage du Chalet


Gazette de Lausanne du 25 juin 1904
« Forces de Joux
L’importance qu’a prise la Compagnie vaudoise des forces motrices des lacs de Joux et de l’Orbe l’engage à passer à la deuxième période d’exécution des travaux, c'est-à-dire à la construction de l’usine de Montcherand. Grâce à celle-ci la Compagnie disposera d’un complément de 3'000 à 4'000 chevaux de force au minimum.
Ces nouveaux travaux comporteront l’établissement d’un barrage à une centaine de mètres en aval de l’Usine de la Société électrique des Clées. De là l’eau de l’Orbe sera conduite à la chambre de mise en charge sur la rive gauche, un peu au-dessus des grottes de Montcherand par un tunnel de 3'602 de long et d’un vide de deux mètres sur 1 m. 60. Un canal de décharge creusé à l’issue inférieure du tunnel rejettera le trop plein à la rivière.
L’usine sera établie un peu en amont du lac formé par le barrage des usines de l’Orbe (entreprise de chemin de fer Orbe-Chavornay).
Elle mesurera 50 m de long sur 8 mètres de large.
Elle est prévue pour 6 groupe de machines de 1500 chevaux chacun produisant le courant électrique triphasé à la même tension (13'500 volts) que celle de Vallorbe. L’usine de Montcherand fonctionnera en parallèle avec celle de Vallorbe et les deux réunies alimenteront l’ensemble du réseau de la compagnie vaudoise »

Le bulletin technique de la Suisse romande de 1909 retrace avec beaucoup de détail et de photos la construction de cette usine.










Bagarre et accidents
Comme la plupart des chantiers la construction de cette usine a subi accident et même quelques bagarres.
Les archives de la Feuille d'Avis de Lausanne (Fal) nous les rappellent.


Selon Fal du 21.11.1905

 CANTON DE VAUD Montcherand.

Ouvrier noyé.— Lundi matin, à Montcherand, au chantier de l'usine électrique des forces de Joux et de l'Orbe, un ouvrier italien du nom de Borgis, âgé de 23 ans, est tombé dans l'Orbe.

 Il travaillait sur le sentier au bord de l’eau, lorsqu'une poussée de sa brouette le fit choir. Il se noya malgré les efforts d'un de ses camarades, qui s'était courageusement jeté à l'eau pour tenter de le  sauver.



Selon Fal du 26.06.1905

 Montcherand, — Bagarre mortelle. — Dimanche soir, à Montcherand, vers minuit, des Italiens travaillant à la construction de l'usine N° 2 des Forces motrices de Joux et de l'Orbe se sont pris de querelle au sortir de la cantine. L'un d’eux, Molino Martino, a reçu un coup de couteau à la gorge et un autre dans les reins, dont il est mort quelques minutes après. 

Deux des coupables sont en fuite -







Usine de Montcherand


Offre de courant aux CFF en 1906
Selon Fal du 13.03.1906
LAUSANNE Traction électrique.
 D'accord avec les conseils de la Cie des forces motrices de Joux et de l'Orbe, le Conseil d'Etat a fait savoir au Conseil fédéral que cette compagnie serait en état de fournir, le cas échéant, aux Chemins de fer fédéraux la force motrice nécessaire pour la traction électrique sur la ligne Lausanne-Vallorbe.
L'usine de Montcherand sera bientôt prête. Située entre Lausanne et Vallorbe, elle s'approprierait admirablement à ce service. La Cie des Forces de Joux a reçu une demande de fournitures de forces d'une compagnie suisse de chemins de fer. Mais elle donnera la préférence aux Chemins de  fer fédéraux si le Conseil fédéral accepte  son offre.


J'ignore la réponse des CFF, mais la ligne Lausanne-Vallorbe ne fut électrifiée qu'en 1923.

En 1950 l'Usine électrique de Montcherand a bénéficié de certaines améliorations, en particulier d’une nouvelle galerie de 3,4 km.


Journal d’Orbe du 10 mai 1950

Quelques accidents vers cette usine de Montcherand


Selon Fal du 13.08.1940
Un garçonnet tombe dans un étang (Corr. part.) —
Sur le bord de l'étang de régularisation de l'Usine électrique de Montcherand, à l'entrée des gorges si pittoresques de l'Orbe, un garçonnet s'amusait à lancer des pierres dans l'eau profonde. A un moment donné, il perdit l'équilibre et disparut dans les flots. Des témoins de sa chute se portèrent immédiatement à son secours et furent assez heureux pour le ramener sur la berge, Il fallut néanmoins pratiquer la respiration artificielle pour le tirer de l'évanouissement provoqué par son séjour pourtant très court sous l'eau.
C'est une chance providentielle que le jeune imprudent ait pu être, retiré à temps de son bain imprévu, l'étang en question étant profond de plusieurs mètres et les murs de soutènement très inclinés.



Selon Fal du 25.11.1948
Un mineur blessé
Montcherand, 25 novembre.
 Dans la nuit de mardi à mercredi, un accident s'est produit dans le tunnel souterrain en construction pour le compte des Forces motrices de Joux, au lieu-dit «La Tuffière » dans les Gorges de l'Orbe. Occupé à la manœuvre d'un wagonnet, M. C. J., 38 ans, mineur valaisan, a été happé par celui-ci et a eu la jambe droite coincée entre une roue et le rail. Relevé par ses camarades et souffrant beaucoup, M. J. fut immédiatement transporté à l'infirmerie d'Orbe où le médecin de cet établissement lui procura les soins les plus diligents. L'état du blessé n'inspirant pas trop d'inquiétude, il pourra quitter l'infirmerie dans quelques jours.


Selon Fal du 8.9.1949
 Grave accident du travail dans les gorges de l'Orbe
 Montcherand, 8 septembre. (Corr. part.).—
 Un grave accident du travail s'est produit dans le tunnel souterrain des Forces de Joux actuellement en construction, dans les gorges do l'Orbe.
Pour une cause qu'il est difficile de déterminer exactement, un ouvrier de service, M. Louis Groux, âgé de 56 ans, habitant Chavornay, a été happé et traîné sur une certaine longueur par un wagonnet en mouvement. Relevé par ses camardes de travail, M. Groux, qui souffrait beaucoup, a été conduit d'urgence à l'hôpital de Saint-Loup,.




Le barrage du Chalet près d'Orbe

Après le Day et Montcherand, descendons le cours de l'Orbe pour citer un de ses premiers barrages, le barrage du Chalet près d'Orbe.

Le 5 août 1891 la Gazette de Lausanne publiait ces quelques lignes :
"Orbe- L'utilisation des forces hydrauliques fait des progrès et de toute part, on annonce qu'on va transformer en énergie électrique les chutes d'eau sans emploi.
Une des installations les plus intéressantes à cet égard, dit le Nouvelliste est celui qui s'organise à Orbe.
On se propose d'établir à l'issue des gorges de l'Orbe un barrage de 25 m. de longueur, de 10 m. de hauteur et de 13.50 à la base. On obtiendrait ainsi une chute d'eau qui actionnerait trois turbines et par leur intermédiaire trois dynamos fournissant 260 chevaux de force, dont 60 pour la traction du chemin de fer qui doit relier Orbe à la gare de Chavornay, 100 pour l'éclairage de la ville et des appartements et 100 de réserve pour les industries locales existante ou à créer."
Le barrage d'Orbe, appelé le barrage du Chalet a été construit de 1892 à 1894 par Ulysse Perrin.
D'une hauteur de 15 mètres à l'origine . il a été surélevé en 1950.
Sa contenance est estimée à 3'000 m3.
Il a été construit par la Société des Usines de l'Orbe afin de fournir l'électricité nécessaire au train Orbe-Chavornay et à la localité d'Orbe.
La ligne a été inaugurée le 17 avril 1894.
Le coût du barrage, des installations hydrauliques et du bâtiment abritant les turbine s'est élevé à 127'957,31 francs.
Notez aussi à droite, sur le bas de la photo  la présence de vignes.

Une culture qui occupait une bonne partie du coteau au dessus de l'Orbe




Le barrage du Chalet

Les usines électrique au fil de l'Orbe en quelques dates

Terminons ce chapitre consacré à l'énergie hydroélectrique par quelques dates.
1889 Construction de la centrale électrique du saut du Day, rive droite Histoire Vallorbe
1891 Turbines électriques des moulins Rod à Orbe Eau 21/ Leresche
1892 juin Début des travaux pour le barrage du Chalet vers Orbe GL 5.8.1891
1892 août Demande par Blanchod d'une concession depuis les Clées jusqu'à Agiez GL 5.8.1892
1896 octobre Arrivée des premières turbines aux Clées avec un barrage provisoire GL 14.10.1896
1896 Création de la Société électrique du Châtelard (SEC) Histoire Vallorbe
1897 Usine du Châtelard et barrage du Miroir en amont du Viaduc du Day Histoire Vallorbe
1897 août Le barrage de l'usine des Clées est terminé GL 11.8.1897
1901 mai Projet Lac de Joux et création de la Compagnie vaudoise des lacs de Joux et de l'Orbe GL 14 et 15. 5.1901
1903 Mise en service de La Dernier avec l'eau du lac Brenet
1904 juin Construction de l'Usine de Montcherand GL 25.6.1904
1910 janvier Inondation de l'usine électrique des Clées GL 20.01.1910
1910 Nouveau travaux vers le saut du Day
1926 Seconde usine du saut du Day, sur la rive gauche
1937 Barrage sur la Jougnenaz par la SEC Histoire Vallorbe
1942 à 1943 Nouvelle galerie lac Brenet -La Dernier Bulletin technique SR
1944 à 1947 Transformation usine de La Dernier Bulletin technique SR
1950 Nouvelle galerie pour l'usine de Montcherand J. Orbe du 10.5.1950
1950 Surélévation du barrage du Chalet à Orbe
1952 novembre Accident à l'usine électrique des Clées GL 24.11.1952
1955 Destruction des usines du saut du Day à cause du nouveau barrage
1955 Fin de la construction du barrage du Day GL 21.6.1955
1992 juin Vidange du barrage du Day GL 4.6.1992
2011 été Rénovation de l'usine du Moulinet (anc. Moulins Rod)






GL = Archives de la Gazette de le Lausanne
Ancien barrage du Moulinet

Ce barrage alimentait les turbines du moulin Rod.
Il a été complétement détruit en 2011 et reconstruit en 2011-2013


Le chantier du nouveau barrage du Moulinet en juillet 2012


La crue de l'Orbe du 27 septembre 2012 a mis à mal le chantier

La crue de l'Orbe de ce jeudi 27 septembre a noyé la base du chantier.
Les turbines récemment posées ont été baptisées par immersion et quelques planches emportées par les flots tumultueux finiront sans doute dans le lac de Neuchâtel !


Pour plus de détails sur les usines électriques de l'Orbe.
Voir aussi : " L'énergie hydraulique au fil de l'Orbe" de Serge Leresche
Programme Eau 21 mai 2008

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