jeudi 15 novembre 2012

L'usine électrochimique du Day


L’usine électrochimique du Day

Dans le chapitre consacré dans ce blog aux Gorges de l’Orbe, nous avons déjà évoqué brièvement l’histoire de cette usine qui a fonctionné de 1889 à 1972.
Complétons cet article par quelques nouveaux documents et rappelons que la localité de Vallorbe a conservé son s final jusqu'en 1884, mais que l’usage s’est maintenu un peu plus longtemps encore.
Ainsi cet article paru le 13 septembre 1889 dans la Gazette de Lausanne :


Vallorbes.
Une société anonyme, dont le siège est à Paris, et fondée pour la production par l’électrolyse, la vente et le commerce de chlorate, et d’autres produits chimiques  se propose de construire au saut du Day, près de Vallorbe, dit la Feuille d’Avis de la Vallée.
Le capital social est de fr. 600'000.- divisé en 120 actions de 5'000 fr.
M. A. Boucher à Lausanne représente en Suisse la Société d’électro-chimie.



Une note reprise du DHS
Boucher, Anthelme (Né.:25.5.1856 à La Haye, Décès :19.4.1936 à Prilly,) protestant, de Paudex. Fils de Philippe, pasteur à la cour des Pays-Bas. ∞ Marie Henriette L'Eplattenier. Diplôme d'ingénieur électricien civil en 1880 à l'école d'ingénieurs de Lausanne. Boucher crée à Paris en 1889 la Société d'électrochimie qui équipera les premières usines électrochimiques du monde au Saut du Day, sur l'Orbe, construit l'usine électrique de Vuargny (commune d’ Aigle) en 1896 et dirige (1912-1915) la construction de l'usine de Fully, dont la chute d'eau de 1650 m détient le record mondial jusqu'en 1935. Il est parmi les initiateurs de la Dixence. Collaborateur de Jean Landry. Il construit des barrages (hautes chutes) dans plusieurs pays européens, est à la tête des principales usines hydro-électriques de France et de Suisse (sept usines en Valais). Chevalier de la Légion d'honneur.
Pour info, voici le récit d'un autre projet dirigé par Boucher dans la Maurienne :


Un an plus tard, en 1890, la Gazette donne un peu plus de détails sur cette nouvelle usine du Day.



Quelques anciennes cartes postales donnent une idée du site de l’usine :







L’incendie de 1901
Le 1er avril 1901, la Gazette de Lausanne signale cet incident :

Vallorbe (Corr)
Un incendie allumé par le frottement d’une courroie a éclaté ce matin à 6h 20 m. dans l’Usine de la Société d’électro-chimie au Day près Vallorbe.
Le tiers environ du bâtiment de raffinage a été fortement endommagé. Grace aux hydrants et aux pompes de l’usine ainsi qu’à de prompts secours apportés par les pompiers de Vallorbe, un désastre a pu être évité car avec une matière aussi inflammable que le chlorate, une explosion était à redouter.
Il n’y a pas d’accident de personnes. Un seul ouvrier a reçu des brûlures, mais elles ne mettent pas sa vie en danger.

En 1903, un gamin imprudent accidenté
Gazette de Lausanne du 27 mai 1903
Vallorbe
Les voituriers de M. J. Authier, fournisseur de tonneaux pour l’emballage du chlorate de potasse fabriqué par l’Usine d’électrochimie du Day, venaient de terminer un déchargement et rentraient à la maison, lorsque tout à coup leur attention fut attirée par des cris affreux partant de derrière la voiture.
Un gamin de 7 à 8 ans, fils de M. Brochon, voiturier de l’usine avait grimpé à l’insu des conducteurs sur la voiture et sa jambe s’était engagée dans l’une des roues. Résultat : cinq graves fractures, deux au-dessous et trois au-dessus du genou ; tous les os mis à nu ; le sang coulant en abondance.
L’enfant fut aussitôt transporté chez ses parents, où l’on réussit heureusement à arrêter l’hémorragie. M. le Dr Mercier a jugé le cas assez grave pour nécessiter le transport immédiat à l’hospice de Saint-Loup. On craint de ne pouvoir éviter l’amputation de la jambe.

Un autre accident en 1909



Une annonce publicitaire de 1902 :





Les bons résultats financiers de l’année 1903

Création d’une caisse de retraite en 1921
Dès 1921, les employés de l’usine bénéficient d’une caisse de retraite.
A cette époque, ce n’était pas le cas de toutes les entreprises.


Une nouvelle centrale électrique en 1925/26
Gazette de Lausanne du 21 janvier 1926



Cette nouvelle centrale se situe en face de l’ancienne, sur la rive gauche de l’Orbe, juste en dessous du Saut du Day, elle est bien visible sur cette carte postale.
Elle sera détruite en 1955 après la construction du barrage du Day.


La nouvelle centrale électrique de 1925 à droite en bas de la photo



Annonce de la fermeture en 1972


Annonce de la fermeture de l’usine en 1972

Reprise de l’usine par l’armée
Quelques années après sa fermeture, les bâtiments de l’usine sont achetés par l’armée suisse pour en faire un terrain d’exercices, soit :

Propriété de la Confédération, la place d’exercice «  Le Day « (près Vallorbe) est avant tout destinée à l’instruction de combat en zone urbaine.
Une place d’exercices et camp de troupe avec logements pour 1 compagnie,
Bâtiments d’instruction, installations pour combat de localité
Elle permet aussi l’instruction aux travaux de renforcement du terrain ainsi que la conduite d’exercices liés à l’utilisation de bâtiments: PC, place de soutien, action de sauvetage par exemple.


Photo de Google earth


Photo aérienne de la place d'exercices du Day



Entrée de la place d'exercices  du Day en 2012

samedi 10 novembre 2012

Une usine électrique sur la Venoge


Une usine électrique sur la Venoge vers la fin du 19ème siècle

Vers 1896, Louis Huguenin (1872-1931), un industriel de la Sarraz et son cousin Emile projettent et construisent une usine électrique sur le cours de la Venoge, un peu en dessus de la Tine de de Conflens, en dessous de Ferreyres, près du confluent du petit ruisseau de la Voualève.
Édifiée sur la rive gauche de la rivière, elle se trouvait donc sur le territoire de la commune de Chevilly.
Dans la genèse de cette usine il faut aussi noter en 1896 le rachat d'une concession sur la Venoge à Daniel Michaud qui exploite un atelier près de l'actuel café de la Tine.
Ce dernier touchera cinq mille francs, plus l'énergie électrique nécessaire à son atelier.
En outre, il sera chargé de la surveillance nocturne de l'usine pour un salaire de fr.1200 par an.
Mais il semble qu tout ne fut pas très  simple entre La Société électrique de la Venoge et Daniel Michaud comme le montre le document suivant.
Mais j'ignore la cause du différend.




Convocation à une Assemblée générale extraordinaire le 27 octobre 1905



Le petit pont de la route de Chevilly sur la Venoge

Les cartes Siegfried de 1903 à 1912 notent  précisément l’emplacement de cette usine.


Carte Siegfried avec l’usine notée en dessous de Ferreyres

Le livre retraçant l’histoire d’Eclépens signale que, le 26 mars 1896, la Municipalité préavise favorablement et à l’unanimité à une demande de M. Huguenin à La Sarraz pour établir la lumière électrique dans la localité. Le 8 décembre le Conseil général donne son accord pour l’installation de l’électricité et aussi du téléphone qui sera installé à l’Auberge communale.
L’inauguration de l’éclairage public eut lieu le 3 décembre 1897 :
« Toute la localité a salué avec satisfaction ce nouveau mode d’éclairage qui ne laisse rien à désirer tant pour la bonne lumière que pour l’installation. »
Deux ans plus tard, le 11 février 1899, la Gazette de Lausanne donne le compte rendu suivant de l’Assemblée générale de la Société :
La Sarraz.- La Société électrique de la Venoge a eu le 21 janvier son assemblée générale.
Le rapport présenté par le Conseil d’administration constate ce qui suit :
Les espérances des fondateurs de la société se sont réalisées. Une partie du district a été fournie en de lumière électrique et de forces motrices à des conditions avantageuses pour les abonnés. L’amortissement des installations a été assuré. Un intérêt normal a été payé aux capitaux engagés dans l’entreprise, toute idée de spéculation étant écartée les prix auxquels la société livre l’énergie électrique sont des plus bas.
Le coût des installations existantes au 30 septembre s’est élevé à 243'863 fr.25. Une somme de 16'200 fr est prévue pour l’achèvement du réseau. Le prix d’installation s’élèvera à une somme de 260'000 fr.
A cette somme viendra s’ajouter l’établissement d’une machine à vapeur de la force de 150 chevaux devisée à 40’00 francs.
Cette machine est destinée à suppléer à la force hydraulique pendant les périodes de sécheresse et à remplacer complètement les turbines si un accident les empêchait de fonctionner.
La société a pu disposer d’un capital action de 115'000 francs et d’un capital-obligation de 100'000 fr soit un total de 215'000 fr. Il manque une somme de 85'000 fr. L’assemblé a décidé d’émettre de nouvelles actions qui seront très prochainement offertes en souscription publique
La conduite d’amené d’eau a 1502 m de tuyau de ciment de 83 cm de vide et 530 m de tuyau en tôle d’acier de 60 cm de vide. Le débit peut être de 850 litres par seconde.
A l’usine génératrice sont installés deux groupe de turbines et dynamos d’une puissance de 175 chevaux chacune et demandant à pleine charge 400 litres par seconde. Le débit moyen de la Venoge pendant huit à dix mois est de 600-650 litres par seconde ce qui donne une force de 260 à 280 chevaux.
L’énergie est distribuée dans huit communes par des lignes aériennes d’une longueur d : 18 km de haute tension à 5’200 volts et 10 km de basse tension à 120 volts.
Les fils ont une longueur de 54 kilomètres et de 37 kilomètres.
Au 30 septembre dernier : 146 abonnés, 1119 lampes et 17'388 bougies.
Les abonnement signés font une recette de 23'500 fr par an, les frais d’exploitation étant de 7'500 fr., l’intérêt des obligations de 4'000 fr et l’amortissement de 4'000 fr au minimum il restera une somme de 8’000fr environ soit le 4% du capital nouveau porté à 200'000 fr comme cela a été décidé par l’assemblée générale.

(Note :
Notons aussi que l'usine électrique des Clées qui utilise l'eau de l'Orbe, plus importante que celle de la Venoge doit aussi en 1906 construire à Yverdon une usine à vapeur de renfort de 500 CV)
Quelques années plus tard, en 1907, l’usine de la Venoge alimentait  12 communes, 290 abonnés avec  2404 lampes et distribuait la force à 40 moteurs représentant une force de 299 HP.
Les recettes atteignent 45'735 fr et les dépense se montent à 28'268 fr.
Le résultat est considéré comme satisfaisant compte tenu de la sécheresse extraordinaire de l’an passé (1906)  et de la grande quantité de combustible qu’il a fallu brûler pour suppléer au défaut d’eau.


Une autre description de l’histoire de cette usine figure dans :

Les vieux moulins du Pays de Vaud et d’ailleurs, de Pierre Delacrétaz
A l’aube de l’ère nouvelle.
Entre Moiry et Ferreyres, le vallon de la Venoge se resserre. C’est sur ce parcours que la rivière accuse la plus forte pente. Cette particularité n’allait pas échapper aux hommes nouveaux qui allaient renouveler les méthodes en matière d’utilisation de l’énergie hydraulique.
Tout alla très vite dans les dix dernières années du 19ème siècle lorsque l’électricité partit à la conquête du monde. Un an avant que les câbleries Aubert et Cie ne s’installent à l’Islettaz, la Société électrique de la Venoge, avec siège à La Sarraz, est fondée en février 1897. Elle va utiliser la force hydraulique de la Venoge en créant une prise d’eau sous Moiry. Le cadastre de 1839  (1) surchargé au crayon indique le barrage, la conduite d’amenée et ses regards jusqu’à la limite communale avec Ferreyres. Cette conduite d’abord en tunnel sur 151 mètres,  puis en tuyaux de ciment de 85 centimètres de diamètre a une longueur totale de 1502 mètres jusqu’à la chambre d’eau, dernier vestige encore debout aujourd’hui. De là, une conduite forcée en tuyaux de tôle d’acier enterrées conduisait 700 litres par seconde à l’usine électrique 43 mètres plus bas.
De cette usine située sous Ferreyres, au confluent de la Voualève et de la Venoge, il ne reste rien. Deux turbines et deux génératrices de 175 CV à 500 tours par minute chacune fournissaient le courant à tour de rôle, un groupe étant toujours en réserve.
Le 1er janvier 1898, la fée électricité gagnait La Sarraz, Eclépens, Chevilly, Dizy, Cossonay, Penthalaz, Daillens, Penthaz, Ferreyres et le Moulin Bornu par un circuit triphasé primaire à 5 200 V et de 19,9 kilomètres de longueur.
Seize transformateurs abaissaient la tension à 125 V dans un circuit secondaire de 17,8 kilomètres. Cela permit de faire briller 1284 lampes à incandescence et tourner 10 moteurs totalisant 94 CV.
La grande sécheresse de 1898 obligea à construire une machine à vapeur de réserve pour suppléer au manque d’eau. Elle pouvait être couplée directement à l’une ou l’autre des génératrices
Avec le siècle, la région de la Venoge entrait dans une ère nouvelle.
Ø  1 ACV GB 66/c2.
Ø  2 « Drehstrom-Anlagen » : Installation pour la distribution de force motrice et de lumière électrique de La Sarraz. Oerlikon-Zurich, 1901.


L’usine électrique et la cheminé de la machine à vapeur

     
Salle des turbines et génératrices


Extrait du cadastre de 1898

Vers 1907, rachat de l'usine par la Compagnie vaudoise des forces motrices des lacs de Joux et de l’Orbe

En août 1907, la Gazette de Lausanne signale :
Industrie électrique
Sous réserve de la ratification des actionnaires, l’Usine et toutes les installations de la Société électrique de la Venoge  ont été vendues à la Compagnie vaudoise des forces motrices des lacs de Joux et de l’Orbe.

Nouvelliste du 22.08.1907
 LAUSANNE Sociétés électriques.
Les actionnaires de la Compagnie vaudoise des Forces motrices des lacs de Joux et de l’Orbe étaient convoqués, mercredi après-midi, en assemblée générale extraordinaire dans la magnifique salle du Conseil général de la Banque cantonale vaudoise à Lausanne, aux fins de se prononcer sur une convention conclue avec la Société électrique de la Venoge, pour le rachat de toutes les installations de celle-ci. Etaient présents 11 actionnaires représentant 1605 actions donnant droit à 705 voix. M. Luc Decoppet, président du Conseil d’administration, présidait. A l’unanimité des 705 voix, la convention a été ratifiée sans discussion.
Par cette convention, la Société électrique de la Venoge cède à la Compagnie vaudoise des Forces motrices, à partir du 1er octobre 1907, pour le prix global de 350’000 fr. la concession d'eau que le Conseil d’Etat lui a accordée le 1er juillet 1896, le barrage, la canalisation, l’usine et ses machines servant à l'utilisation de  cette convention, les conventions et contrats passés avec douze communes pour la fourniture de l’énergie électrique, les lignes de distribution primaire et secondaire, etc. La Société des Forces motrices de Joux s’engage à continuer les contrats en cours aux mêmes conditions, mais elle se réserve de les dénoncer à leur échéance pour les mettre en concordance avec ses propres tarifs.
La Société électrique de la Venoge n’en conclura pas de nouveaux sans en référer à la Compagnie de Joux.
Un droit de préférence pour le rachat éventuel de l’Usine de Ferreyres et certains avantages particuliers sont faits à MM. Louis et Emile Huguenin à La Sarraz. L’assemblée des actionnaires de la société électrique de la Venoge a déjà ratifié la même convention.




Mais il faut attendre le 26 juin 1909 pour que la Gazette  écrive :
Forces de Joux.
Dans leur assemblée de mai dernier les actionnaires de la Compagnie vaudoise des forces motrices des lacs de Joux et de l’Orbe ont autorisé le Conseil d’administration de la société à contracter un emprunt de deux millions de francs destiné à couvrir la Banque cantonale vaudoise des avances qu’elle a faite pour la construction de l’usine de Montcherand et pour l’achat et la réfection des installations de la Société électrique de la Venoge et pour l’extension de son réseau.

Et  pour terminer cette page de l’histoire industrielle de la région, il faudrait encore décrire la fin de son activité et indiquer quand furent détruits les bâtiments  (qui ne figurent déjà plus sur la carte Siegfried de 1926).
Selon Charles Affolter la conduite forcée fu démontée vers 1914 pour récupérer le métal, mais pour le moment pas d'indications plus précises


Les ruines actuelles le long de la Venoge en automne 2012
Actuellement on peut encore voir le barrage et sa prise d'eau en dessous de Moiry.
La chambre d'eau au début d ela conduite forcée en métal et quelques ruines, derniers reste de l'usine sur les berges de la Venoge.


Le tracé de la conduite du barrage à l'usine


Le barrage de la concession de 1896


La prise d'eau de l'usine et sa grille sur la rive gauche de la Venoge

La chambre d'eau : arrivée de la conduite en tuyaux de ciment et départ de la conduite forcée en métal




Intérieur de la chambre d'eau : à gauche la petite vanne de purge, au fond départ de la conduite forcée, à droite arrivée de l'eau par les tuyaux en ciment

Notons aussi qu'il subsiste encore quelques regards entre le barrage et la chambre d'eau.



Ancien regard sur la conduite reliant le barrage à la chambre d'eau

Les restes de l'usine

Et cinq cents mètres plus bas, sur la rive droite de la Venoge, il ne subsiste que quelques vieux pans de murs, quelques briques de la cheminée et deux ou trois boulons perdus dans la végétation



Quelques vieux murs perdus dans la végétation


Et de vieux boulons encore bien solides parmi les feuilles


Vers une nouvelle centrale ?

En 2009, dans son travail de diplôme à la heig-vd, Nicolas Ecknauer étudie les possibilités d'implanter une mini centrale sur cette rivière.

http://www.google.ch/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&frm=1&source=web&cd=1&ved=0CCQQFjAA&url=http%3A%2F%2Fiese.heig-vd.ch%2Ffr-ch%2FEnseignement%2FLists%2FListe%2520des%2520travaux%2520de%2520diplmes%2FAttachments%2F13%2Fa2009_ecknauen.pdf&ei=uOCsUPfQOsrIsgahqYDoDA&usg=AFQjCNH78895piOB8yekIOBArjZt-ffPIQ&sig2=UzD7mehGVGir2E-jDvXRAg


Il étudie trois variantes, mais ne parle guère des éventuelles réactions des protecteurs inconditionnels de notre fleuve cantonal..


Une autre utilisation de l'eau de la Venoge à Ferreyres

En revenant de la Tine de Conflens, vous avez sans doute été intrigué par cette petite tour qui dépasse le toit de ce pâté de maisons.





Ancienne tour incorporée dans des maisons


Haut de la tour


Plan de la tour figurant dans les archives de Ch. Affolter

Selon Ch. Affolter la turbine entraînée par les eaux de la Venoge et placée au bas de la tour actionnait le roue supérieure.
Cette dernière était reliée par un câble d'environ 200 m aux machines d'un petit atelier sis un peu plus haut, vers l'ancien Café de la Tine qui a fermé ses portes récemment.


Ancien café de la Tine

Je n'ai pas d'autres renseignements sur cette installation et sur l'atelier qui utilisait son énergie


jeudi 1 novembre 2012

L'usine à chaux des Grands-Crêts au dessus de Vallorbe


L’usine à chaux des Grands-Crêts au-dessus de Vallorbe

Sur ces anciennes cartes postales de Vallorbe un groupe de bâtiments blancs, sur la gauche, perdus dans la forêt, attirait mon attention.







Après quelques recherches, il fut assez facile d’identifier l’ancienne usine à chaux des Grands-Crêts.



Convocation à l'Assemblée générale de 1908

Un peu de publicité pour ses produits :


En 1902 dans le journal La Liberté






En 1904 dans la Gazette de Lausanne




Un livre relatant l’histoire de Vallorbe note :

« De 1870 à 1933, aux Grands-Crêts, fonctionne une usine produisant des chaux silosées éminemment hydrauliques servant à la fabrication du ciment.
On en voit encore les ruines ».


Carte Siegfried de 1934





La géographie illustrée du canton de Vaud (1927) note :

Grands-Crêts. 887 m.
Usine pour la fabrication de chaux hydraulique à 1,2 km S.-O. de Vallorbe. L’emplacement s’appelait autrefois le Plan du Chalet, nom qui figure encore sur l’atlas Siegfried.
8 bâtiments, dont 5 constituent les usines, silo et places d’extinction, avec 6 fours. L’exploitation de la matière première se fait dans une carrière située au-dessus de l’usine, avec laquelle elle est reliée par une vois funiculaire.
On exploite la pierre hydraulique en souterrain.




Ces galeries souterraines existent encore et ont allumé la curiosité des spéléologues qui en ont fait l’inventaire complet ces dernières années.

Ils ont également réalisé un site fort bien fait qui décrit l’histoire de cette usine et présente le plan des diverses galeries abandonnées :


L’activité de cette usine cessera en 1933 et les bâtiments d’exploitation seront dynamités en 1942.

Autres photos des anciennes galeries :

http://www.shimbawa.ch/mulo/2006/200606-mine/index.php



Concernant la fin de l'activité de cette usine (1933)  après une fusion avec la Société des chaux et ciments de la Suisse romande, en 1919, l'Encyclopédie vaudoise commente ainsi la chose :





Rumeur de fermeture en 1925, déjà
C'est la Gazette de Lausanne du 27 août 1925 qui le signale, je cite :
"Mise au point
M. Alfred Glardon, ingénieur, administrateur délégué de la Société des Usines des Grands-Crêts et membre du Conseil d'administration de la Société des chaux et ciments de la Suisse romande nous écrit : Dans son numéro 233 du 24 août la Gazette de Lausanne annonce que la Société des chaux et ciments de la Suisse romande a décidé la fermeture momentanée des Usines des Grand-Crêts, fabrique de chaux hydraulique à Vallorbe et en indique les motifs.
Le Conseil d'administration de la société précitée n'a, jusqu'à ce jour, pris aucune décision à ce sujet.
Nous avons soumis cette lettre à notre correspondant de Vallorbe qui y répond en ces termes :
Nous sommes particulièrement heureux que les renseignements que nous donnions se révèlent en partie erronés ou du moins exagérés. les ouvriers de l'usine qui avaient reçu quelques avertissements ont répandu cette fausse nouvelle."

Accident de travail
Des accidents de travail se produisent aussi à l'usine
Ainsi le 24 décembre 1900 la Gazette de Lausanne signale que :

Vallorbe
Vendredi matin à l'Usine de Chaux des Grands Crêts un ouvrier italien Pietro Conti àgé de 22 ans voulant remettre sur sa poulie une courroie tombée a été saisi par l'arbre de transmission faisant plus de trois cent tours à la minute. Son vêtement de forte toile a malheureusement résisté et , bien que les machines aient été de suite  arrêtées, il a été entraîné dans le mouvement rotatif de l'arbre et a succombé presque instantanément à des lésions internes.



Ce qui l’en reste en 2012

Quelques entrées des anciennes galeries





Comme déjà dit, l’accès à ces anciennes galeries est réservé à des spéléologues expérimentés.

Pour cette raison la Municipalité de Vallorbe a préféré en interdire l’accès.




Ruines des anciens bâtiments dynamités en 1942


Et voici le seul bâtiment ayant survécu après la fin des activités de l'usine.


Ancien bâtiment de l'usine du four à chaux, juste en dessous de la ligne de chemin de fer Le Day-Le Pont

Selon sa propriétaire actuelle, lorsque l'usine  était en activité, le rez de cette élégante bâtisse abritait les laboratoires.

A l’étage se trouvaient les appartements du directeur et du contremaître.

Je connaissais enfin l’origine de ce bâtiment qui m’a longtemps intrigué.
Et je découvrais pourquoi une telle bâtisse avait été construite au milieu des bois de Vallorbe.

Mais une autre carte postale me posait un problème, celle ci :




Mais selon M. Brouze, boulanger et fin connaisseur de l'histoire de Vallorbe, ce bâtiment situé en dessous de celui qui existe encore a été détruit.
Il a donc disparu du paysage comme l'usine.
C'est peut-être le bâtiment dont la destruction est décidée par la commune de Vallorbe en 1944.
 ( Voir Archives de la Feuille d'avis de Lausanne (FAL) du 30.12.1944).

Le même article signale la vente du bâtiment  existant  pour Fr. 7'500.- avec 1350 m2.

Production de champignons
En 1945 la commune loue une galerie (sans doute la N° 2 des spéléologues) pour y produire des champignons. 
La location sera  de fr.500.- pour la première année et fr.1'200.- pour les suivantes.
(FAL du 2.5.1945)
J'ignore quelle fut la durée de l'exploitation.
Mais il en reste quelques vestiges bien cachés dans la dite galerie.

La recluse des Grands-Crêts
La FAL du 10 mars 1965 signale ce fait un peu insolite, je vous laisse lire l'article.


Qui était cette dame et qui était son compagnon ?
On ne le saura peut-être jamais.
Il faut dire que l'endroit se prête bien à une vie un peu solitaire.